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Oh la grosse blague!Poisson d’avril avant l’heure ou grosse plaisanterie pour adolescents en difficultés ? Les deux à la fois! La sortie hier du ministre centrafricain de la Sécurité nationale et de l’Ordre public, Jules Bernard Ouandé, ressemble plus à un canular qu’à une annonce digne d’un ministre de la République, qui plus est, général de son État. Ouandé à fait du Ouandé avec ses affabulations et ses arguties dignes des manœuvres politiciennes les plus éculées et les plus abjectes.
On se souviendra que Jules Bernard Ouandé, alias Patatras, a annoncé avoir déjoué un projet de coup d'Etat, qui devait intervenir le 15 mars pour aboutir à l'installation cinq jours plus tard d’un nouveau président putschiste à la tête de l’État.
Dans une déclaration radiophonique, celui-ci a affirmé disposer depuis vendredi des informations relatives à ce projet dans lequel seraient impliqués plusieurs militaires et personnalités politiques qu'il a refusé d'identifier. Lisant le document à l'antenne de Radio-Centrafrique, l’ancien camarade du président centrafricain à l’école des officiers d’active de Bouar, a déclaré entre autres ceci : « le 15 mars, c'est la rencontre et la vérification des éléments, des commandos, des mercenaires, des kamikazes, ainsi que des miliciens. Le mardi 16 mars, c'est la distribution des armes, des munitions, des tenues, des brassards, des couteaux, des sacs, des gilets pare-balles », suivie mercredi notamment de « la répartition des chefs des opérations » et jeudi de « la remise de sous, la reconnaissance du terrain ». Jules Bernard Ouandé a également mentionné un passage évoquant des renforts des éléments dans le domicile de AFP, généralement utilisés dans le pays pour désigner l'ex-président Ange-Félix Patassé d'après ces initiales. Le problème, c’est que le général d’opérette Ouandé a lui-même du mal à faire la différence entre la lecture d’un document monté de toute pièce et le fait d’avoir contrecarré un projet de coup d’État. Car il s’agit là de deux choses différentes : déjouer un projet de coup d’État suppose que les conjurés aient passé à l’action et qu’on les auraient pris la main de le sac par anticipation. Ce qui est loin de ressembler à une simple lecture d’un texte confectionné avec les ordinateurs du ministère de la Sécurité nationale et de l’Ordre public dont Ouandé est le patron. Or, notre super ministre ne s’est contenté que de donner lecture d’un texte dont l’authenticité est sujette à caution. Pis, ce texte a perdu en crédibilité parce qu’il est sans rappeler l’une des fiches mensongères accusant en août 2009 Martin Ziguélé et un complice français de préparer un coup de force contre le pouvoir de Bozizé avec la bienveillante neutralité de la France. Jules Bernard Ouandé avait déjà fait la lecture de sa fiche devant l’accusé, préalablement convoqué dans le cabinet du premier ministre Faustin Touadéra. Martin Ziguélé avait demandé une confrontation avec l’auteur de ladite fiche. Mais jusqu’ici, le gouvernement centrafricain n’a pas encore donné une suite à la demande du président du MLPC. L’amateurisme du bleu Les incohérences que comporte le texte de Ouandé et la lancinante question de l’amateurisme de ses auteurs, relance le débat sur l’incompétence et l’inconscience de ceux qui s’affublent des qualificatifs de « excellence » et qui sont injustement parés des atours de la République. Cette insuffisance saute même aux yeux d’un aveugle. Jules Bernard Ouandé, comme à son habitude, a affirmé être au courant du projet du coup d’État que depuis vendredi dernier. Ce qui est faux et archi-faux. Car L’Indépendant s’est procuré une copie de cette fiche depuis la semaine dernière quand il évoquait dans son édition du 8 mars, la tension qui était vive à Bangui où l’atmosphère politique est devenue délétère. C’est d’ailleurs à cette période que les autorités centrafricaines ont saisi l’Élysée pour solliciter une intervention des forces françaises afin de « déjouer un projet de coup d’État » que certains officiers de l’armée, notamment de l’ethnie « Yakoma », seraient entrain de préparer. Le signataire de la demande qui a été transmise aux autorités françaises a fourni quatre noms d’officiers « Yakoma » qu’il fallait « neutraliser » en toute urgence. Selon nos informations, l’Élysée aurait démontré avec force arguments aux autorités centrafricaines, le caractère invraisemblable de leur demande. Nous étions loin, mais vraiment loin d’imaginer, que les dirigeants centrafricains allaient rendre public cette rocambolesque histoire qui est plus du côté de la fiction que de la réalité. Mais comme nous sommes en Centrafrique et que, ici, les gens marchent sur la tête, la sortie de Ouandé ne nous a pas surpris outre mesure. Il y’a néanmoins une petite explication à ce changement de casting. Initialement, Bangui suspectait des officiers « Yakoma » qui seraient entrain de préparer un coup. Devant les réserves de la France, ils ont changé de fusil d’épaule et ont jeté leur dévolue sur « AFP », qui n’est pas la personne visée encore moins le supposé instigateur dans l’esprit des autorités centrafricaines. Le vrai bouc-émissaire qui aurait demandé des « renforts des éléments dans le domicile de AFP » n’est autre que le président d’un groupe rebelle qui a pourtant signé la paix avec le pouvoir. C’est ce dernier qui est dans collimateur des fichistes. Le président centrafricain et son fameux ministre de la sécurité qui espéraient faire diversion avec cette affaire de vrai-faux coup d’État se sont pris à leur propre piège. L’intox n’a produit que l’effet contraire. Mais au final, c’est l’image de marque de notre pays qui a pris un grand coup au passage. Dimanche 14 Mars 2010
Adrien Poussou
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