Lorsqu’il revenait début février d’une mission à Alger, l’ex directeur général du BND (Bureau national de la documentation), l’un des services de renseignements du régime de Bangui, ne pouvait pas s’imaginer que sa vie allait se transformer en un cauchemar : il est arrêté lui dit-on sur instruction du président de la République et placé en détention dans les locaux de la SRI (section recherche et investigation).
Qu’a-t-il pu faire pour que le président Bozizé auquel son service est directement attaché ordonne ainsi son arrestation ? Il ne se voit rien notifier sur le coup jusqu’à ce que quelques jours plus tard, les accusations commencent à pleuvoir. Au début, son ancien mentor de procureur de la République qui vient l’interroger dans les locaux de la SRI ne lui signifie pas grande chose. Il comprend vaguement qu’il lui serait reproché son opposition à un arrêté du ministre de la sécurité publique. Ensuite, il apprend qu’il y’a une enquête qui est ouverte sur l’authenticité de ses diplômes et sur des malversation financières qu’on lui impute. Puis, un soir, le général Jules Bernard Ouandé, ministre en chargé de la sécurité publique, vient l’extraire de la cellule et lui fait savoir que désormais, on lui reproche le faits suivants : imitation de la signature du président de la République, faux et usage de faux, abus de confiance, extorsion de fond et bien d’autres délits du genre.
Alors que la garde à vue se prolonge au-delà du délai légal de soixante douze heures, Aristide-Briand Rebos apprend à la radio que le décret le nommant à la direction nationale de la documentation est rapporté. Ce n’est plus à la SRI qu’il doit attendre son inculpation mais plutôt dans les geôles de l’OCRB (office centrafricain de répression du banditisme).
Comment on est-on arrivé là ?
Il est trop tôt pour juger si cette mise à l’écart de monsieur Reboas est justifiée et suffira à mettre un terme au gangstérisme de certains proches du président Bozizé. Toujours est-il qu’il paie le prix de son opposition à l’extradition de trois Coréens, dépossédés illégalement de leur biens personnels par la bande à Ouandé, Dazoumi Yalo, Firmin Findiro et certains fils Bozizé, qui ont mis en place une véritable mafia à Bangui dans le but de pigeonner les quelques hommes d’affaire qui s’y aventurent encore.
La ficelle est à la fois simple et grossière comme une maison. Selon des informations dignes de foi que nous avons pu recueillir, les trois Coréens expulsées sans raisons valables, étaient pourtant en affaire avec Dazoumi Yalo, autoproclamé Colonel de l’armée centrafricaine, l’un des nombreux ex « libérateurs » parés des atours de « proches du président de la République ».
Selon l’un des Coréens que nous avons réussi à contacter, ce dernier leur à louer un Casino. Comme à son habitude, quand Dazoumi Yalo s’est rendu compte quelques temps plus tard que les affaires marchaient, il a décidé de reprendre son Casino en faisant expulsé manu-milirati les locataires avec la complicité de sa bande. À en croire cette dernière, madame Kim, de son nom, en les expulsant du sol centrafricain, la bande à Douzoumi Yalo a mis la main sur un important pactole. Près de 50 millions de CFA, trois véhicules confisqués, véhicules dans lesquels on voit désormais circuler à Bangui, l’un des rejetons du président Bozizé, ainsi que de biens personnels d’une valeur inestimable sans compter les comptes bancaires placés sous séquestre.
Les explications qu’elle fournit à L’Indépendant, mettent hors de cause l’ancien patron des renseignements, pourtant connu pour ses frasques et son implication dans beaucoup d’affaires obscures, il faut le reconnaître. Mais là, il aurait joué le chevalier de la justice, si l’on en croit la Coréenne. Il se serait farouchement opposé à cette arnaque, qui n’est malheureusement pas la première ni ne sera la dernière à mettre à l’actif de la bande à Dazoumi Yalo. Il aurait même refusé de toucher les 13 millions de CFA que la bande à Douzoumi Yalo voulait lui remettre pour le corrompre.
Personne dans cette bande n’a souhaité répondre aux questions de L’Indépendant malgré nos nombreuses sollicitations. Faut surtout pas compter sur eux pour décrocher les téléphones portables. Jusqu’à hier 19 heures, heure de Bangui, nous étions encore entrain de tenter de joindre le ministre Jules Bernard Ouandé. Nous sommes tombés à deux reprises et par erreur d’ailleurs, sur son frère d’armes, le général Raymond Paul Ndougou, à qui nous avons demandé le numéro de téléphone de son directeur de cabinet, qui, lui aussi, ne répondait pas.
Quel que soit le fin mot de l’histoire, l’arrestation du trublion ex patron de la direction générale de la documentation, met au grand jour les pratiques mafieuses de certains proches du président Bozizé. Lesquels se livrent à un véritable gangstérisme parce qu’ils bénéficient de la couverture, sinon la bénédiction du chef de l’État. Mais est-ce que celui-ci les contrôle vraiment ?
Seul l’avenir nous le dira, comme dirait l’autre.