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Interview exclusive de Marie-Noëlle KOYARA : « Notre pays peut nourrir sa population et même la sous région »

Les premiers rayons de soleil de ce mois de février ont balayé Abidjan des miasmes de la nuit. L’heure s’est arrêtée en Cote d’Ivoire il y a quelques jours avec la dissolution du gouvernement et de la commission électorale indépendante par le président Laurent Gbagbo. Mais cette crise semble désormais qu’un vieux souvenir.

À l’approche des élections législatives et présidentielles d’avril prochain, si l’on tient compte de la convocation du corps électoral par François Bozizé, l’ancienne ministre de l’agriculture et de la promotion du monde rural se montre objective autant qu’il est possible, et inquiète autant qu’il est raisonnable. Rumeurs sur son retour sur la scène politique nationale, ses expériences en tant que représentante de la FAO, des pistes pour juguler la malnutrition infantile qui touche une partie de la Centrafrique, des questions auxquelles Marie-Noëlle Koyara, dont les interviews sont rares, répond ici sans détours.



Marie-Noëlle Koyara
Marie-Noëlle Koyara
Près de quinze ans après votre départ pour une carrière dans le système des Nations unies, quel regard portez-vous sur votre parcours de fonctionnaire international ?

Avant de répondre à la question, une mise au point s’impose : depuis quelques années, nos frères et sœurs, cadres supérieurs et experts, représentent valablement notre pays au niveau international. Même s’ils ne sont pas nombreux, cela a le mérite d’être souligné. Je pense qu’il serait opportun d’établir un répertoire de tous ces compatriotes très qualifiés qui pourraient aussi apporter une pierre à la construction de notre pays. Sachez que partout où l’on se trouve, on sert son pays. Le contexte international actuel avec les nouvelles technologies d’information et de la communication s’y prête d’ailleurs bien. Ça se fera aussi, il faut le faire remarquer, dans un cadre formel. En tout cas en ce qui me concerne, je suis disposée à apporter mon appui. Considérer cela comme un cri de cœur.

J’en viens maintenant à votre question. Depuis quelques années, J’essaie autant que faire se peut, d’être à la hauteur de ma mission. C’est important pour mon image personnelle et celle du pays. Aujourd’hui, nos petites sœurs et petits frères ont besoin d’avoir des modèles. Et lorsqu’on est une femme, le problème se pose doublement. Il faut faire face aux préjugés et aux pesanteurs socioculturels encore en vogue dans nos sociétés africaines. Je ne vous apprends rien en disant qu’en Afrique, une femme qui occupe un poste de responsabilité doit avoir à se justifier dans la plupart des cas parce que certains mâles doutent de sa compétence. C’est la raison pour laquelle chaque jour que Dieu fasse, je m’efforce à être plus professionnelle, rigoureuse avec moi-même et avec mes collaborateurs. C’est à ce prix que j’ai obtenu de bons résultats dans les pays où je suis passée en tant que représentante de la FAO.

Quelles sont les expériences qui vous ont marqué ?

Ayant travaillé dans des pays à ressources naturelles très limitées, j’ai pu mesurer l’immensité et la richesse des ressources naturelles de mon pays, peu connue par la population, censée s’approprier la gestion pour améliorer ses moyens d’existence. Un travail d’information, de sensibilisation et de formation doit être fait en direction de nos populations afin qu’elles participent au processus de valorisation des ressources et qu’elles s’approprient les outils de gestion de ces ressources nationales. Notre pays est une partie intégrante du Bassin du Congo. Aujourd’hui, cette parie du monde fait l’objet de toutes les convoitises, d’où la nécessité de préparer nos populations à une meilleure gouvernance des ressources naturelles.

Envisagez-vous un retour sur la scène politique nationale ?

Mon passage sur la scène politique n’a pas été une option ou un choix. J’avais seulement répondu à un appel pour servir la patrie. Je suis reconnaissante aux autorités de mon pays de m’avoir donné cette chance qui m’est encore utile dans ma carrière. Je suis souvent appelée à faire appel à mon expérience politique devant certaines situations.

On vous prête pourtant l’intention d’être candidate à la prochaine présidentielle ?

Ce n’est pas seulement à un poste de président qu’on peut servir son pays. Ne devient pas président qui le veut. C’est Dieu qui donne le pouvoir. Tout être humain détient un talent, et à chaque talent un environnement correspondant pour sa fructification. Si je peux me permettre un conseil, que les frères et sœurs Centrafricains cherchent à aimer et à valoriser le travail qu’ils font.

Quelles sont selon vous les solutions adéquates pour juguler la malnutrition infantile aiguë qui frappe les régions ouest de la Centrafrique ?

Il est du ressort de l’Etat d’abord d’élaborer une politique nationale, un document des stratégies nationales et un programme en matière de nutrition et de sécurité alimentaire. C’est en définissant un cadre d’intervention qui répond aux préoccupations réelles du pays que les partenaires techniques et financiers peuvent nous à accompagner dans sa mise en œuvre. La FAO a toujours appuyé tous les pays membres qui le sollicitent à élaborer leur programme national de sécurité alimentaire y compris l’aspect nutritionnel. Vous savez, beaucoup de pays au monde auraient bien voulu posséder les ressources naturelles dont nous disposons. Notre pays peut nourrir sa population et même la sous région.

Avec votre permission, revenons à la prochaine présidentielle. Qu’attendez-vous de cette échéance cruciale pour l’avenir du pays ?

Que tout se passe dans la paix et le respect mutuel. Que les autres candidats se retrouvent autour de celui qui aura gagné le scrutin afin de participer à la construction de notre cher et beau pays, pays d’avenir. Au-delà de nos divergences d’opinons, de nos approches, nous devrons avoir un seul objectif, c’est inscrire notre pays parmi les pays émergents.

Un dernier mot…

Nous avons un bien commun qui est la République Centrafricaine. Nous devrions faire en sorte que ce pays retrouve la paix, la prospérité afin de transmettre aux générations futures un pays dans lequel il fait beau vivre. Notre langue nationale, le Sanguo, nous sert déjà de fondement à l’unité nationale. Cette unité, nous devrons la préserver, l’entretenir par la culture de la paix, de l’amour et de la tolérance entre les centrafricains. Que Dieu bénisse la Centrafrique.

Samedi 27 Février 2010
Propos recueillis par Adrien Poussou