L'Indépendant
Devenez membre de l'Indépendant Uanguru
 
Inscription à la newsletter
 
Recommandation particulière

Mise en œuvre du schéma institutionnel du système électrique interconnecté Boali - Bangui





Les annonces


gagner de l'argent

François Bozizé serait-il victime de son propre entourage et ses sorciers blancs au teint pâle autant que Kiosk Industry ?

Enquête sur un réseau aussi maléfique que néfaste qui s’est tissé autour du président sortant centrafricain et qui semble le manipuler tel un pantin !



Une photo de la borne de Kiosk Industry
Une photo de la borne de Kiosk Industry
C’est une affaire à la centrafricaine, où le vrai problème lui-même finit par se diluer dans le flot des thuriféraires aux dents longues et des sorciers blancs au sourire fraternel dont l’objectif est d’ingurgiter aux apprentis despotes africains nombres d’idées farfelues faisant d’eux au passage des pigeons. Comme souvent, l’apprenti-tyran qui se laisse facilement embobiner dans l’hypothétique espoir de garnir un peu plus son compte en banque, apparaît manipulé par les uns, instrumentalisé par les autres.

Le litige qui oppose Kiosk Industry à l’État centrafricain par le truchement de François Bozizé et qui se trouve actuellement sur le bureau des juges du tribunal de commerce de Nanterre en région parisienne est un véritable cas d’école (lire nos précédentes publications).

L’Indépendant a remonté la piste de ce dossier qui est au cœur d’un imbroglio autant judicaire que mafieux et qui a des ramifications de Dakar à Bangui en passant par Cotonou et Paris.

L’affaire commence par une visite en avril 2004 de celle qui se présente comme la nièce de François Bozizé, Annette Ngaïbona, au siège de Kiosk Industry à Fontenay Rose. Ce qu’elle voulait ? Du matériel de communication pour…la société Socatel (société centrafricaine de télécommunication).

Une fois dans le bureau de l’un des co-fondateurs de la Start-up qui était Kiosk Industry, Pascal Rolin, elle se fait plus précise et dévoile le fond de sa pensée : elle souhaite avoir de la technologie haut de gamme pour le « bon déroulement » des élections générales de 2005. Le problème, peut-être à cause de son mauvais français, elle ne réussit pas à convaincre le patron de la société qui demeure sceptique et qui lui répond que « l’acquisition des nouvelles technologies de communication aussi sophistiquée ne semble pas être selon-lui, la priorité de la Centrafrique, pays pauvre qui sort d’une longue période de rébellion et qui cherche à se stabiliser». C’est sans compter avec l’insistance et la force de persuation d’Annette Ngaïbona, qui promet maintenant au patron de Kiosk Industry la prochaine visite de son oncle…François Bozizé. Ce dernier viendra effectivement au mois de juillet 2004 à Paris mais ne recevra finalement qu’un représentant de Kiosk Industry du fait de l’absence des patrons et associés de la société qui étaient tous en vacance estivale. Donc rien de concret n’a été conclu.

Puis, la jeune femme revient au mois d’octobre, se propose de conduire elle-même à Bangui Pascal Rolin et son associé. Joignant le geste à la parole, elle demande les passeports des intéressés, court à l’Ambassade de la Centrafrique à Paris et revient avec les passeports munis cette fois de visas d’entrée. Le lendemain, c’est direction Bangui par l’unique vol Air France. Les deux associés, logés à l’hôtel Oubangui ex Sofitel dans une chambre à côté de celle qu'occupait le journaliste de l’hebdomadaire Jeune Afrique François Soudan qui était également à Bangui, seront reçus le 23 octobre 2004 par François Bozizé en personne dans les vielles bâtisses du palais de la Renaissance, après 7 heures d’attente interminable. De cette rencontre avec François Bozizé, promesse a été faite d’établir un bon de commande en bonne et due forme ainsi que toute les paperasses nécessaires à la transaction, notamment, un mandat délivré à Robert Dulas et un titre de garantie.

C’est en tout cas la version de l’un des associés de Kiosk Industry, Pascal Rolin, un ingénieur sorti du Cnam (Conservatoire national des arts et de métiers), donc formé en cours du soir et qui dit n’avoir rien obtenu de la vie que par la sueur de son front.

Les responsables de Kiosk Industry qui ont procédé à la fabrication des bornes sur fonds propres ne verront nullement les 5 millions d’euros que représente le montant de la commande. Malgré les relances et les multiples tentatives de règlements a l’amiable, leur client s’en ferme dans un silence inquiétant. Ils verront défiler moult intermédiaires à l’allure funeste et la volonté manifeste d’arnaquer. Puis, vint l’inéluctable : l’échéance du paiement des créances. La suite on le connaît. L’affaire s’est retrouvée devant le tribunal de commerce de Nanterre et patatras ! Pour des créances d’une valeur de moins de 5 mille euros, le juge a ordonné à la surprise générale, la mise en liquidation immédiate de Kiosk Industry, pourtant valorisée à l’époque, selon l’un de ses co-fondateurs, à 15 millions d’euros.

Et c’est alors que l’affaire aurait pris la tournure d’un mauvais roman policier.

À en croire Pascal Rolin, son avocat, Me Michel Dutilleul-Francoeur, payé rubis sur oncle, sentant l’odeur d’argent du dictateur, aurait changé de camp. Orchestrant la suite de l’affaire en solo ou avec des intermédiaires aux gosiers d’éléphant. Il assure, le verbe véhément, que par un miracle, son avocat s’est transformé en avocat du mandataire liquidateur. Selon lui, c’est dans la presse qu’il aurait appris que le montant de sa créance serait passé de quelques 5 millions à près de 13 millions d’euros (lire les conclusions de Me Michel Dutilleul-Francoeur que nous avons publié). Me Dutilleul-Francoeur aurait même versé au dossier une pièce attestant le désistement de Pascal Rolin et aurait conclu seul avec le liquidateur un deal pour se repartir à part égale le montant de la créance. Pascal Rolin que nous avons longuement interrogé affirme avoir constaté des irrégularités et du faux dans la procédure qui est en cours.

Nous avons également contacté à deux reprises le cabinet de Me Dutilleul-Francoeur afin d’avoir sa version des faits. Celui-ci nous a finalement rappelé et assure n'avoir jamais été l'avocat de Pascal Rolin qu'il a dû, précise-t-il, peut-être rencontré une ou deux fois. Me Dutilleul-Francoeur explique que c'est une affaire qui oppose le mandataire liquidateur de Kiosk Industry à l'Etat centrafricain et que si Pascal Rolin a des droits à faire valoir, c'est à la justice de décider. A priori, il croit savoir que Pascal Rolin ne s'est jamais manifesté auprès du mandataire liquidateur et que ce n'est pas le fait de posséder certains documents de Kiosk Industry qui lui donnerait une quelconque droit. Sauf erreur de sa part, Pascal Rolin n'est en rien concerné par la procédure en cours devant le tribunal de commerce de Nanterre.

Nous avons découvert au fil de notre enquête que François Bozizé pourrait être lui aussi qu’une victime de la nébuleuse qui l’entoure. De deux hypothèses l’une :

Soit François Bozizé ne comprend rien à rien, se fait manipuler, instrumentaliser à longueur de journée en signant des documents dont il ignore les tenants et les aboutissants ou en prenant des engagements qu’il est pourtant sûr de ne pas respecter, ce qui est grave pour l’image du pays et peut décourager les investisseurs crédibles qui souhaitent se rendre en Centrafrique.

Soit l’État centrafricain a déjà honoré sa part du contrat en décaissant l’argent nécessaire pour l’achat des bornes de Kiosk Industry et que l’argent a pris une autre direction que celle de Kiosk Industry. Ce qui nous conduits tout naturellement à nous intéresser à l’un des nombreux personnages de ce dossier à savoir Robert Dulas.

C’est à ce personnage ubuesque et sulfureux que François Bozizé avait donné mandat pour lever des crédits nécessaires à l’acquisition des bornes (retrouvez le mandat en fichier joint). Or, ceux qui suivent l’actualité africaine et notamment ivoirienne, savent que Dans l'enquête sur la disparition en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en Côte d'Ivoire, la justice ivoirienne avait accusé en 2008 quatre Français d’êtres les auteurs ou les complices présumés de l'enlèvement, de la séquestration ou de l'assassinat du journaliste, qui travaillait alors à Abidjan pour la société Commodities Corporate Consulting (CCC), présidée par Eric Latham, dirigée par Stéphane de Vaucelles, et qui avait pour associés Jean-Michel Aron-Brunetière et Robert Dulas. « Une première fois, il a été menacé verbalement de mort par Robert Dulas. La deuxième menace de mort était venue d’Aron-Brunetière. Celui-ci avait menacé de mort Kieffer avec une arme à feu dans le bureau d’Eric Latham. La vie de Kieffer a été épargnée grâce à l’intervention d’Eric Latham. Enfin, Guy-André Kieffer était prêt à révéler un réseau de blanchiment d’argent, dont son cabinet d’expertise servait de courroie de transferts de fonds, lorsqu’il a disparu. Et ce, deux jours après la mise en garde qui lui avait été faite par son directeur général Stéphane de Vaucelles », avait affirmé le procureur de la République d'Abidjan Raymond Tchimou. Seul Jean-Michel Aron-Brunetière, l’un des quatre Français mis en cause avait rejeté ces accusations.

La question est maintenant de savoir quand est-ce que François Bozizé se départira de ses intermédiaires affamés pour traiter directement avec les personnes qui sont véritablement concernées par cette affaire afin de peut-être trouver un arrangement a l’amiable au lieu de toujours faire l’objet de poursuite à l’étranger. Ce qui ternit l’image de marque de notre chère Centrafrique.

Pour découvir le mandat, cliquez sur la pièce jointe.




mandat.jpg mandat.jpg  (932.89 Ko)

Vendredi 2 Juillet 2010
L'Indépendant



Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 9 Avril 2010 - 22:11 Le livre de Franck Saragba est déjà disponible en librairie

Mercredi 17 Mars 2010 - 15:46 Où va la Centrafrique de Bozizé ?